Si les enfants en jouant tombent dans la boue et s’en retrouvent tout couvert et deviennent, en apparence, méconnaissables, leur maman les accueillera-t-elle quand même ? sans aucun doute, oui. Ainsi Dieu, notre Père, voit toujours en chacun de nous son enfant ; aussi défigurés puissions-nous être, c’est notre dignité inaliénable, ineffaçable !
Le temps de l’Avent nous invite à la conversion, à un changement ; peut-être le premier changement à faire serait celui de notre regard : voir chaque personne, et nous-même aussi, dans sa dignité fondamentale. Même couvert de la boue du péché, même paralysé, handicapé ou dégradé l’homme reste un homme avec sa dignité propre que je dois reconnaître. « Par le simple fait d’exister et d’être voulue, créée et aimée par Dieu » Dignitas infinita (D.I.) toute personne possède cette dignité qu’on appelle ontologique car « cette dignité ne peut jamais être effacée et reste valable au-delà de toutes les circonstances dans lesquelles les individus peuvent se trouver. »
La conversion nous invite à vivre à hauteur d’homme, selon ce qui est digne de notre humanité, c’est la dimension morale : en faisant le bien, en me tournant vers Dieu, je développe ce qu’il y a de meilleur en moi. Je peux aussi mal me servir de ma liberté, je peux faire de mauvais choix qui s’opposent à l’amour de Dieu et du prochain. « Ce faisant, l’être humain adopte un comportement “indigne” de sa nature de créature aimée de Dieu et appelée à aimer autrui… L’histoire témoigne que l’exercice de la liberté contre la loi de l’amour révélée par l’Évangile peut atteindre des sommets incalculables dans le mal infligé à autrui. Lorsque cela se produit, on se trouve face à des personnes qui semblent avoir perdu toute trace d’humanité, toute trace de dignité. » La dignité morale peut être « perdue » mais la dignité fondamentale (ontologique) ne peut jamais être annulée. « Et c’est précisément à cause de cette dernière que l’on doit travailler de toutes ses forces pour que tous ceux qui ont fait le mal se repentent et se convertissent. »
Dieu a un regard d’espérance sur chacun de ses enfants, Il espère notre retour vers Lui, notre conversion, que nous devenions meilleur, que nous Lui ressemblions de plus en plus et même complétement : Il désire tout simplement notre bonheur, notre sainteté.
Il existe encore deux autres sens possibles de la dignité : la dignité sociale et la dignité existentielle. « Quand on parle de dignité sociale, on se réfère aux conditions dans lesquelles une personne vit. Dans l’extrême pauvreté, par exemple, lorsque les conditions minimales ne sont pas réunies pour qu’une personne vive selon sa dignité ontologique, on dit que la vie de cette personne pauvre est une vie “indigne”. Cette expression n’indique en aucun cas un jugement à l’égard de la personne, mais vise à mettre en évidence le fait que sa dignité inaliénable est contredite par la situation dans laquelle elle est contrainte de vivre. » Là aussi nous sommes appelés à une conversion, à un changement ; car rien d’humain ne nous est étranger et notre regard nous porte à voir en chacun un frère, une sœur à aider, à qui porter secours. Depuis toujours les chrétiens s’engagent pour rendre les conditions de vie plus faciles, agréables, normales selon les critères d’une saine vision de l’homme. La charité a un visage, le nôtre, et la charité voit le visage de Jésus en chaque homme, chaque femme, chaque enfant. Elle se penche sur celui qui en a besoin ; elle accompagne le pauvre dans la transformation de ses conditions de vie.
Le dernier sens de la dignité est la dignité existentielle. « Aujourd’hui, on parle de plus en plus souvent d’une vie “digne” et d’une vie “indigne”. Nous nous référons à des situations proprement existentielles : par exemple, le cas d’une personne qui, bien que ne manquant de rien d’essentiel pour vivre, a du mal, pour diverses raisons, à vivre dans la paix, dans la joie et dans l’espérance. Dans d’autres situations, c’est la présence de maladies graves, de contextes familiaux violents, de certaines addictions pathologiques et d’autres malaises qui poussent quelqu’un à vivre sa condition de vie comme “indigne”. » La société est alors convoquée pour soulager, encourager, soigner ou consoler, redonner de l’espérance. Mais la dignité enracinée dans l’être même de la personne humaine subsiste en toutes circonstances.
Rendons grâce au Seigneur pour son regard qu’Il pose maintenant aussi sur nous, Il vient à nous, nous n’en sommes pas dignes à cause de notre condition de pécheur mais, Lui, nous rend notre beau visage d’enfant de Dieu.
Abbé Pierre PEYRET