Les aveugles retrouvent la vue, et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, et les sourds entendent, les morts ressuscitent, et les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle. Heureux celui pour qui je ne suis pas une occasion de chute !»
La mission de Jésus a commencé avec des signes très visibles, remarquables : tout le monde pouvait les constater. Pour celui qui a entendu la Parole de Dieu, lu la Bible, ces signes étaient évidents. Ce sont les signes messianiques, les signes qui permettent de savoir qui est le Messie dont les prophètes ont parlé. Ce sont des signes de reconnaissance : le Messie se fait connaître par eux, il prouve son identité.
Jésus vient sauver l’humanité, Il la relève de sa chute, Il répare les conséquences du péché. Jésus s’approche des plus blessés, des plus abandonnés parce qu’Il voit en eux « une valeur sacrée qui transcende toutes les distinctions sexuelles, sociales, politiques, culturelles et religieuses. » D.I. Nous, chrétiens, nous ferons bien de le rappeler à un monde qui cristallise les différences, revendique sans cesse des particularismes. Notre dignité ne vient pas de nos revendications, elle nous est donnée. « Chaque être humain est aimé et voulu par Dieu pour lui-même… Dieu se montre comme celui qui entend le cri des pauvres, voit la misère de son peuple, prend soin des plus petits et des opprimés. » Nous devons aussi, en quelque sorte, prouver notre identité de chrétien en agissant comme le Messie, comme Jésus le Christ.
Jésus ne fait pas de différence, Il brise les barrières culturelles et cultuelles : le bien fait à tout être humain est le seul critère de jugement. Jésus souligne ainsi le caractère unique de chaque personne humaine. « Il est important de souligner que la dignité n’est pas accordée à la personne par d’autres êtres humains, sur la base de certains dons et qualités, de sorte qu’elle pourrait éventuellement être retirée. » En choisissant d’abord les aveugles, les boiteux, les lépreux et les sourds, Jésus révèle l’importance de chaque personne : leur défaillance physique n’enlève rien à leur valeur. Même s’ils ne peuvent pas s’exprimer ou se défendre ils sont de notre humanité, ils ont droit au même respect, à la même reconnaissance. En fait nous avons tous étaient dans cet état lorsque nous avons commencé à vivre dans le sein de notre mère et nous serons tout aussi démunis à notre mort ; ce sont deux moments de la vie humaine où nous sommes strictement tous à égalité. C’est pourquoi la seule attitude vraiment humaine est la solidarité.
C’est cette solidarité que Jésus adopte dans son amour pour nous. Il se fait solidaire en prenant notre condition humaine. « La dignité de la personne humaine s’est révélée dans sa plénitude lorsque le Père a envoyé son Fils qui a assumé dans sa totalité l’existence humaine : « Par le mystère de l’Incarnation, le Fils de Dieu a confirmé la dignité du corps et de l’âme, constitutifs de l’être humain ». Ainsi, en s’unissant en quelque sorte à tout être humain par son incarnation, Jésus-Christ a confirmé que tout être humain possède une dignité inestimable, par le simple fait d’appartenir à la même communauté humaine, et que cette dignité ne peut jamais être perdue. »
Jésus a introduit dans le monde un nouveau principe, selon lequel plus une personne est faible, marquée par l’infirmité, souffrante, plus elle est digne de respect. La face du monde en a été changée en changeant le cœur des hommes, « en donnant naissance à des institutions qui s’occupent des personnes en situation défavorisée : bébés abandonnés, orphelins, personnes âgées laissées seules, malades mentaux, personnes atteintes de maladies incurables ou de graves malformations, personnes vivant dans la rue. »
Après avoir énoncé les signes messianiques, guérisons et manifestation du salut, Jésus dit : Heureux celui pour qui je ne suis pas une occasion de chute ! Ce n’est pas que Jésus tendrait un piège pour nous faire tomber. Ce qui nous fait tomber, c’est l’oubli de notre dignité d’enfant de Dieu, l’oubli que nous portons et que chaque homme porte en lui l’image de Dieu, et que par suite nous sommes faits pour l’éternité, capable d’entrer en communion avec Dieu. Il dépend de chacun de nous, de notre décision libre et responsable d’exprimer et de manifester pleinement l’image de Dieu en nous ou de l’obscurcir. « L’image de Dieu est confiée à la liberté de l’être humain afin que, sous la direction et l’action de l’Esprit, sa ressemblance avec Dieu grandisse et que chacun puisse atteindre sa dignité la plus haute. »
Jésus, le Messie, ne cesse de nous montrer le Chemin, Il s’approche de nous, humble et pauvre, sur l’autel comme à la crèche. Imitons-Le en nous approchant des petits et des pauvres qu’Il met sur notre route. C’est Lui qui nous attend.
Abbé Pierre PEYRET